52 semaines pour réaliser un rêve

Fabien Dupuis est guide-moniteur VTT, habitant à Puy-Saint-Pierre. Il se caractérise comme quelqu’un de curieux et amoureux de la nature, avec une grande envie d’évasion. Le rêve de Fabien était de gravir 12 sommets de 3000 m à VTT en 15 jours,pour évoluer, face à lui-même et à la montagne et pour montrer que chaque rêve peut être réalisable si on s’en donne les moyens. Ainsi est né le projet 52/12 La Traversée Déjantée, de la Grave à Barcelonnette, avec 52 semaines de préparation pour 12 sommets.  A travers ce projet, Fabien voulait aussi contribuer à faire prendre conscience qu’il n’y a pas forcément besoin de partir à l’autre bout du monde pour voyager. Un vélo, un sac à dos et un appareil photo peut être suffisant pour partir à l’aventure autour de chez soi.

Après un an de réflexions et de préparations, physiques, mentales et logistiques, les 15 jours d’aventure ont démarré le vendredi 23 août 2019 à l’aube avec l’ascension du Pic du Mas de la Grave (3020 m) à vélo.

Il a poursuivi par la Pointe des Cerces, le Mont Thabor, le Rocciamelone, le Mont Chaberton et le Grand Glaiza avant de basculer dans le Queyras.

En préparant son trajet, Fabien a cherché l’univers minéral et les sommets spectaculaires, tout en voulant rester sur les chemins. Son but n’était pas de faire la descente la plus spectaculaire possible et d’accomplir des prouesses techniques mais de faire la descente la plus sécuritaire et la plus respectueuse de l’environnement montagnard.  « Les Hautes Vallées, mais aussi le Queyras et l’Ubaye, sont des terres sauvages, des terres de rando, de course à pied, de vélo et de ski. Je voulais mettre en valeur la région et cette diversité de paysages, de roches et de topographies à proximité de chez nous, avec comme moyen de locomotion le vélo. »

Il met en avant la variation des couleurs de la roche entre le Pic du Mas de la Grave avec ses schistes noirs, les rochers ferreux à la pointe des Cerces et les couleurs ocre du Mont Thabor avec enfin un retour sur des schistes noirs vers le Grand Glaiza. « Ces couleurs sont aussi mises en valeur par les lacs. J’ai un faible pour les lacs de la Clarée parce qu’ils sont nombreux et parce qu’ils donnent des contrastes de couleurs gigantesques. Je pense par exemple au lac des Béraudes, au pied de la pointe des Cerces, qui est juste fabuleux. »

Partage & rencontres

La traversée a aussi donné lieu à des beaux moments de partage et des rencontres inattendues. Fabien a fait le sommet du pic du Mas de la Grave avec un jeune de 11 ans et demi, le fils de son photographe. C’était son premier 3000. « Il avait dit à son père : – Je veux faire un 3000 avec Fabien ! Je ne me vois pas dire non à un jeune qui est prêt à se lever à six heures du matin pour faire un sommet ! Avec son père, ils sont partis de Besse en voiture jusqu’au plateau, ils ont dormi là-haut puis ils ont fait l’approche à vélo et les derniers 600 m de dénivelé à pied. En gros, il a fait du vélo-rando. »

Fabien a gravi 14 sommets (2 en bonus) en 11 étapes, 5 tout seul et 6 avec des gens, un joyeux mélange des usagers de la montagne: des coureurs, des vttistes, un ami guide et 4 confrères moniteurs VTT qui l’ont rejoint pour faire le Grand Glaiza. Certains l’ont suivi jusqu’au sommet, d’autres ont fait un bout de chemin avec lui. La transition entre l’excitation du projet partagé et les journées où il était seul, l’a marqué: « Passer du bain de foule à être tout seul dans la montagne, c’était quelque chose que j’étais venu chercher et en même temps peut-être la plus grosse interrogation que j’avais sur moi : comment j’allais arriver à le gérer. Une fois que tu t’es habitué à être énergisé par tout ce monde, quelles ressources il te reste pour aller affronter la solitude ? » Cela s’est fait très naturellement – une solitude atténuée par le hasard des rencontres en route. Il faut dire que sur un espace aussi restreint et aussi grandiose que le sommet d’un 3000, il est naturel de toucher deux mots à son voisin de rocher.

Face à la montagne

« En montagne, tu as beau mettre en place des routines, te lever chaque jour à la même heure pour partir à vélo, ce n’est pas routinier. Même si tous les jours il fait beau, les levers de soleil ne sont jamais dans le même angle, les nuages n’épousent pas la montagne de la même façon et la prochaine fois ce sera encore différent. La constante, c’est qu’il faut rester humble face aux éléments, être en connexion avec l’environnement dans laquelle tu es. En montagne, c’est toi qui t’adaptes. C’est important de vivre l’instant présent sans penser à ce que tu as fait la veille, à ce que tu feras demain, pas plus qu’à ce que cela va t’apporter en termes de notoriété. » Fabien note l’équilibre délicat entre produire des images pour les réseaux sociaux et la concentration sur ce qu’on fait : « L’ambivalence, c’est qu’en même temps j’ai essayé de faire des lives pour les réseaux sociaux, à travers Prune Vellot, qui était derrière l’ordinateur. Mais je me suis détaché des images. Si tu les regardes, tu te dis peut-être : – Demain, il faut que j’aille plus vite, que je fasse comme ci ou comme ça. Là, tu perds le focus et tu vas au casse-pipe. »

Le vélo-rando

Grimper des sommets de 3000 m à VTT demande de la maîtrise technique et quelques heures de vol pour assurer que la conclusion soit bonne. Mais chacun peut vivre son aventure à son niveau. Pour Fabien, il faut rendre l’extrême accessible, inspirer les gens plutôt que les éloigner. « Les gens qui partent de Grenoble à vélo pour faire le Mont Blanc me fascinent mais ce n’est clairement pas pour tout le monde. » Il aimerait continuer à promouvoir le territoire à travers le vélo-rando et le vélo-ski parce que pour lui, en bon eco-citoyens, il faut qu’on arrête d’aller à tout prix sur le parking au plus près de la randonnée. « Je voudrais donner envie aux gens de venir ici pour pratiquer ces activités parce qu’on a un territoire exceptionnel. Un jour tu es sur le plateau d’Emparis et deux jours après au mont Thabor et tu as l’impression d’avoir changé de pays. La richesse de ce territoire, c’est la diversité des paysages. »

Quand on lui demande s’il a d’autres aventures à vivre autour de chez lui, il n’hésite pas un instant. « Oui ! Là, je vais explorer le vélo-ski tout l’hiver et faire un peu de vélo-rando à l’automne. » Si, cet hiver, au gré de vos vadrouilles, vous croisez un gars à vélo avec des skis sur le dos, vous saurez qui c’est.

Le film de la traversée de Fabien sera diffusé lors des Rencontres de film de montagne à La Grave le 21 et le 22 décembre, à partir de 19h à la salle des fêtes.

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